Les oiseaux chantent, les bras se dénudent et le soleil commence à pointer le bout de son nez, ou devrais-je dire, les lunettes commencent à s'installer sur nos petits nez. Le design des Ray Ban, bien qu'indémodable, n'est plus au goût du jour, *overdose*; cette saison, les formes qui ont la cote sont rondes ou en papillon. Et plus tes lunettes sont originales, plus ça fait accessoire de mode, et plus tes lunettes ne dureront qu'une saison. Dire que les lunettes servent uniquement à se protéger du soleil est devenu dérisoire de nos jours... Le problème avec ces lunettes qui sont amusantes pour la photo, c'est qu'elles sont belles... sur la photo, mais pas forcément sur toi. Mais pas de soucis, ton compte Instagram se fera une joie d'accueillir une photo montrant tes lunettes funky cool à côté de ta pochette à perles et de tes sandales compensées. Le principal, c'est de ne pas prendre au sérieux ces lunettes, garder ses Ray Ban précieusement dans un coin et de s'amuser avec son look, et son Instagram.
samedi 4 mai 2013
lundi 29 avril 2013
Les confidences post-Balenciaga de Ghesquière
Le magazine System est sorti et avec lui, la longue interview "back to work" de Nicolas Ghesquière. Le morceau fait 18 pages. Autant vous dire qu'il est impossible de tout traduire, à moins d'être chevronnée, et même si je l'étais, je vous gâcherais le plaisir d'ouvrir le magazine puisque tout aurait été dévoilé. Le site Business Of Fashion a dactylographié un passage de l'interview, celui où Ghesquière parle de son malaise chez Balenciaga et de son avenir, et je vous l'ai traduit ci-dessous.
Lorsque la séparation fut annoncée en novembre dernier, je pensais que c'était Balenciaga qui s'était lassé du génie français, souhaitant un renouveau de la marque, avec une tête plus jeune et plus marketing, à savoir celle de l'américain Alexander Wang. Après avoir lu toute l'interview, on sent que c'est Ghesquière qui s'est dirigé lui même vers la porte de sortie...
Nicolas Ghesquière, photographié par Juergen Teller et interviewé par Jonathan Wingfield, pour System Magazine.
Quelle était votre vision pour Balenciaga ?
Pour moi, Balenciaga a une histoire aussi importante que celle de Chanel, même si elle est moins connue. Elle avait de la modernité, c'était contemporain, et je l'ai toujours positionné comme une petite Chanel ou Prada.
Mais qu'est ce qui fait que Chanel et Prada ont une plus grosse structure ?
Les personnes qui entourent les designers. Miuccia Prada a un extraordinaire partenaire, alors que moi je faisais tout tout seul.
Donc, sans les bonnes personnes, construire quelque chose d'aussi gros que Chanel ou Prada est inimaginable ?
Je ne sais pas si c'est possible, peut-être que le système va changer, mais ce qui est clair, c'est que ces marques ont une famille et des partenaires autour d'elles, et elles ont 'carte blanche' en terme de créativité. Prada, par exemple, a créé son propre modèle où tu peux être un business et une personne d'influence en même temps, ce qui est totalement admirable. C'est la même chose avec Chanel. Malheureusement, je n'ai jamais eu ça. Je n'ai jamais eu de partenaire et je finissais par me sentir trop seul. J'avais un studio incroyable et une équipe créative très proche de moi, mais cela commençait à devenir une bureaucratie et de plus en plus corporate, jusqu'à ce que cela ne soit plus associé à la mode. A la fin, j'avais l'impression qu'ils voulaient devenir une maison comme n'importe quelle autre.
Vous dites que cela vient d'un manque de dialogue ?
Que cela vient du fait qu'il n'y avait personne pour m'aider sur le plan business, par exemple.
Pouvez-vous être plus spécifique ?
Ils voulaient ouvrir plein de boutiques, mais dans de médiocres espaces, où les gens ne connaissaient même pas la marque. C'était une stratégie que je n'arrivais pas à comprendre. J'ai trouvé ce garage dans la rue Faubourg Saint Honoré, je suis entré en contact avec le propriétaire qui était un ami d'un ami, et nous avons commencé à parler... Et quand je suis retourné chez Balenciaga, la réaction était: "oh, non, non, non, pas le Faubourg Saint Honoré, tu n'es pas sérieux ?" Et j'ai dit que si, vraiment, que l'architecture était magnifique, que ce n'était pas une boutique classique. Et puis six mois se sont passés, six longs mois de négociations... c'était juste frustrant. Tout était comme ça.
Quand est ce que tu as senti que tes ambitions pour la maison n'étaient plus compatibles avec le management de Balenciaga ?
C'était tout le temps, mais surtout lors de ces deux ou trois dernières années, où ce n'était que frustration sur frustration. C'était vraiment ce manque de culture qui m'agaçait à la fin. Les pièces les plus fortes que nous faisions pour le catwalk étaient ignorées par les gens du business. Ils ont oublié que pour arriver à cette veste de motard facilement vendable, il a fallu qu'elle passe à travers une pièce techniquement maîtrisée montrée sur le catwalk. J'ai commencé à être déçu lorsque j'ai réalisé qu'il n'y avait plus d'estime, d'intérêt, ou de reconnaissance pour les recherches que je faisais. Ils ne se préoccupaient que du look final de la marchandise. Ce désire du "tout tout de suite" traduisait leur ignorance sur le fait que toutes les pièces populaires d'aujourd'hui sont issues des collections que nous avons fait il y a dix ans. Elles sont devenues des classiques et vont le rester. Bien que le défilé était extrêmement riche en idées et produits, cela ne se retrouvait pas dans le merchandising. Avec seulement une veste, nous aurions pu déclencher des stratégies commerciales entières. C'était ce que je voulais, mais je ne pouvais pas tout faire. Je passais du design des pièces pour les défilés au design des pièces pour les boutiques. Je suis devenu Mr. Merchandiser. Il n'y a jamais eu de poste de merchandiser chez Balenciaga, et je le regrette terriblement.
Tu n'en as jamais parlé aux dirigeants et demandé du soutien pour ce que tu voulais ?
Si, tout le temps ! Mais ils ne comprenaient pas. Plus que tout, tu as besoin de personnes qui comprennent la mode autour de toi. Il y a des personnes avec qui j'ai travaillé qui n'ont jamais compris comment la mode fonctionnait.
Comment y remédier ?
Tu dois avoir les bonnes personnes autour de toi. Des personnes qui adorent le domaine du luxe. Il doit y avoir une vision, mais aussi un partenaire, un duo, quelqu'un qui t'aide à surmonter tout ça. Je n'ai pas perdu espoir !
Quand vous avez commencé à vous sentir frustré, en avez-vous parlé à d'autres designers ?
Oui. Ce qui est intéressant à propos de ma séparation avec Balenciaga, c'est que cela en a encouragé plus d'un à venir me dire: "Moi aussi, je suis dans la même situation, je veux partir." Il y en a d'autres, mais ma situation chez Balenciaga était particulière.
Après l'annonce de votre départ, y a-t-il eu beaucoup de personnes du milieu de la mode à vous contacter ?
Je n'ai pas vraiment vu toutes les réactions sur le moment car j'étais au Japon à ce moment là. Un de mes meilleurs amis m'avait proposé un voyage spirituel à observer des personnes qui font de la laque traditionnelle et des ceintures en obi. C'était un environnement très privilégié avec des cérémonies de thé. A l'autre bout du monde, il y avait cette violente annonce de faite. Quand je suis rentré à Paris, j'ai vu la presse, et j'ai en fait appris des choses sur moi en lisant tous ces commentaires. C'était plutôt beau en fait. D'une manière générale, les réactions ont été très positives, même sur Twitter, il y avait des choses satisfaisantes d'écrites. En fin de compte, je me sentais bien car tout semblait très digne. Je ne m'étais pas exprimé jusqu'à maintenant, mais je voudrais remercié tout le monde, je vous suis très reconnaissant.
Qu'est ce qui est pour vous la chose la plus excitante en ce moment ?
Préparer le futur chapitre et avoir le temps d'observer ce qu'il se passe dans l'industrie. Les gens auraient pu m'associer à Balenciaga pour toujours. Nous avons vu clairement, lorsque la séparation a été annoncée, qu'il y avait un désire pour mon nom, donc je me suis dissocié de la maison. Cela aurait pu être un risque. Cela aurait pu être différent si Balenciaga se serait dissocié de moi, mais les gens m'ont vu développer ma signature et savent ce qui peut se passer. C'est excitant car, quoi que je fasse, les portes sont ouvertes, et cela c'est confirmé lorsque mon nom s'est libéré de Balenciaga. J'ai fait tant d'efforts et été un enfant obéissant en m'associant avec moi-même... Maintenant, je peux imaginer un nouveau vocabulaire. Je me régénère à nouveau, et c'est très excitant car c'est le sentiment que j'avais lorsque j'avais 20 ans.
Dans l'interview, Jonathan Wingfield a essayé d'avoir l'avis de Ghesquière sur la nouvelle collection de Balenciaga et Alexander Wang, le nouveau directeur artistique de la maison. Mais avec diplomatie et brio, Ghesquère est resté neutre sur le renouveau de Balenciaga, disant que finalement, cela ne l'intéressait pas de voir ce qu'il se passait là-bas.
Nicolas Ghesquière va revenir, comme le témoigne l'interview, mais nous ne savons pas comment. Sous son nom ? Sous une maison (ex: la place chez Mugler est libre) ? Il termine sa longue interview en disant qu'il reviendra sur le catwalk, soit à la fin de l'année, soit début 2014, et qu'il prépare l'annonce de son retour.
mardi 23 avril 2013
Spotted du moment | Le rattrapage
- Hedi Slimane fait un joli coup de promotion pour Saint Laurent en habillant de la marque Daft Punk, Pharrell Williams et Nile Rodgers dans le clip Get Lucky, diffusé dans l'émission Saturday Night Live. Autre coup de maître du DA pour redynamiser la marque: le groupe mythique français, qui manie aussi bien l'art de la promotion maîtrisée que de la musique électro, a accepté de faire la campagne pre-fall intitulé "Music Project 2013" x x. Et ça, ça fait parler Saint Laurent.
- Damir Doma, le créateur qui monte, est l'invité du Pitti Uomo en juin prochain. Cependant, il présentera pas sa collection Homme, comme à l'accoutumé à Florence, mais sa collection croisière pour Femme. Sa collection Homme devrait être présentée à Paris, comme à son habitude, pendant la Semaine de la Mode masculine une semaine après.
- Autre nouvelle pour la FW Homme, Rag & Bone, qui habituellement présente ses collections Homme à NY pendant la FW Femme, s'inscrit désormais au calendrier de la Semaine masculine londonienne qui ne fait que s'agrandir de saison en saison.
- Viktor & Rolf retournent, 13 ans après, à la Couture ! Le duo néerlandais présentera leur collection faite à la main en juillet prochain en tant "qu'invité membre" du calendrier de la couture. Et on peut avoir hâte.
- Grand ménage de printemps chez Mugler ! Nicola Formichetti quitte, d'un accord en commun, la direction artistique de Mugler pour celle de Diesel. Thierry Mugler quitte la direction artistique des parfums pour se consacrer à des projets artistiques en rapport avec le théâtre mais garde tout de même un œil sur les affaires de sa marque éponyme. Les deux responsables des créations de prêt-à-porter Homme et Femme quittent également le navire. Bref 2013 pour Mugler, c'est un recentrage du prêt-à-porter et du parfum sous une même stratégie et sous l’œil d'un seul et même directeur artistique... oui, mais qui ?
- Le couturier Christian Lacroix retourne à la couture pour une collaboration unique avec la maison Schiaparelli ! Quinze modèles seront présentés durant la Semaine de la Couture en juillet prochain. Cet été, les collections artisanales promettent d'être passionnantes !
- John Galliano ne revient - pas encore - à la création mais l'enseigne à la célèbre Parsons school de New York, pendant trois jours. Il parait que les heureux élèves bénéficiant de sa venue - seulement des élèves de dernières année - pourront lui poser des questions à propos de Dior. Il parait.
- Autre information qui peut potentiellement faire du bruit: celle apportée par Nicolas Ghesquière pour le premier numéro de System, un magazine porté sur l'industrie de la mode. Il y parlera pour la première fois, depuis son départ de chez Balenciaga. Je ne sais pas si j'ai plus hâte de lire ses confessions par rapport à Balenciaga, ou tout simplement hâte de ré-entendre parler de lui. Joli coup de sa part d'avoir attendu de longs mois avant de parler, le magazine System est plus qu'attendu début mai.
mardi 2 avril 2013
De vous à moi #8
Je vais (encore) mettre le blog en pause, ou du moins, vraiment ralentir la cadence. Les dernières semaines ont déjà été pauvres en mises à jour sur le blog car je devais valider mon diplôme par un lourd dossier à rendre. Aujourd'hui, je prépare la suite de mes études, à savoir les concours, et je veux y consacrer un maximum de temps afin d'obtenir au moins une des écoles que je convoite. Je reviens autour du 20 avril, mais s'il y a quelque chose d'important (ou de rapide) à poster, je le ferai !
Je serai en stage après les concours, et bien que j'avais mis mon blog en pause durant mon premier stage l'année dernière, cette année, je vais essayer de manager les deux !
N'hésitez pas à aimer la page spottedparcee sur facebook et/ou à
me suivre sur twitter si ce n'est pas déjà fait... à bientôt !
Photo: la belle Sasha Pivovarova sous l'objectif de Craig McDean pour Interview Magazine (avril 2013)
dimanche 31 mars 2013
Rétrospective | Chanel, les robes de mariée
Un post sur tumblr m'a inspiré pour faire cet article "souvenir, souvenir". Chanel est l'une des rares maisons à respecter la traditionnelle robe de mariée à la fin de ses défilés Couture et une rétrospective de ces robes de 2001 à 2013 en valait la peine ! Toutes les images mènent aux photos en HQ et leurs titres indiquent la collection.
Freja pour la collection spring 2007, Sasha pour la collection fall 2008
et Iris pour la collection fall 2010 sont mes trois mariées préférées...
photos: stylebistro, vogue.uk
jeudi 28 mars 2013
ZOO Magazine | Janis Ancens | ph: Mark Pillai


Exemple typique d'éditorial où le mannequin rend une série de mode bien plus intéressante que les vêtements ne peuvent le faire grâce à une diversité de poses et d'expressions...
(Janis Ancens fait partie des mannequins qui ont le plus défilé pour la men fw la saison dernière)
Prada Candy avec un grand Oui
Prada s'offre un spot publicitaire pour la version "eau de parfum" de Candy, dirigé par Roman Coppola et Wes Anderson, avec bien entendu l'égérie du parfum Léa Seydoux, Rodolphe Pauly et Peter Gadiot. Le pitch: deux hommes se battent pour le coeur de l'insaisissable Candy. L'inspiration: le cinéma français des années 60. Le détail: quelques pièces de la collection Prada printemps/été 2013 ici et là.
Dans le genre "film publicitaire qu'on aimerait voir en long métrage",
l'eau de Prada Candy trouve amplement sa place !
lundi 18 mars 2013
vendredi 15 mars 2013
Spotted du moment | Burberry, Tilda & Kate
Le poids de la Semaine de la Mode Homme londonienne se confirme avec l'arrivée de Burberry au calendrier ! Finis les catwalks milannais, la fierté de la mode londonienne déménage et défilera le 18 juin prochain à Londres."Londres est au cœur de la créativité de Burberry et c’est là où se situe notre siège mondial, c’est pourquoi nous sommes incroyablement enthousiastes à l’idée de présenter notre prochaine collection homme ici, a commenté Christopher Bailey (DA). C’est un moment merveilleux pour ramener notre défilé homme chez nous". On ne pas vraiment parler de "retour aux racines" pour Burberry puisque la semaine Homme londonienne n'existe que depuis juin 2012, mais l'idée est là. ------- dommage pour Milan
Pour la deuxième saison consécutive, la suédoise Tilda Lindstam est le mannequin le plus demandé sur le catwalk. Sur un mois, elle a défilé pour 76 marques, ouvert 2 défilés (Victoria Beckham, Suno) et fermé 2 autres (Philosophy, Tommy Hilfiger) Tilda est depuis 2008 sur le marché, mais ce n'est que depuis l'année dernière qu'elle explose: 68 défilés pour les SS13, suivis des campagnes Chloé et Valentino, les deux premières de sa carrière. Régime draconien ? Changement de coupe ? Que nenni, Tilda a la même bouille qu'à ses débuts, et c'est bien ça le plus surprenant, pourquoi le succès que maintenant ?
Pas besoin de Kate pour avoir envie de sushis... par contre, pour en avoir davantage envie, oui ! La Top signe avec la chaîne française de restauration japonaise Sushi Shop pour une collaboration fraîchement glamour: la création d'une Sushi Box spéciale par la Moss. Le lancement est prévu pour le 18 mars et je suis sûre que certains d'entre vous se laisseront tenter par six petits sushis confinés dans une boite joliment stylée...
Libellés :
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Spotted du moment,
Tilda Lindstam
vendredi 8 mars 2013
Moda | Vogue Italia | ph: Steven Meisel



Coup de coeur pour cet édito du Vogue Italia, photographié par Steven Meisel.
Cette série de mode a un côté vintage et amusant, sans superflou,
rythmée par le jeune duo Vanessa Axente et Gustav Swedberg.
Gustav Swedberg est un jeune mannequin suédois qui a été découvert l'an dernier dans un festival de musique. Il n'a pas encore fait de fashion weeks. Cet édito, signé par Steven Meisel pour Vogue Italia, est son premier job dans le mannequinat... autant dire que c'est un début très prometteur pour lui.
Vanessa Axente fait partie de ces mannequins qui confirment la règle du "premier visage chez Prada = mannequin au top par la suite". Elle est hongroise, a 17 ans et travaillait essentiellement pour le marché hongrois avant d'être le premier visage chez Prada il y a un an. Deux campagnes Prada 'et trois couvertures signées Meisel pour le Vogue Italia ont suivi. Et je rappelle qu'elle n'a que 17 ans. Cette saison, elle a été demi-exclusive pour Alexander Wang (NYFW), exclusive pour Tom Ford (LFW) et a défilé à Paris pour, entre autres, Balenciaga, Miu Miu, Louis Vuitton, Dior, Céline et Valentino.
Suite de l'édito
mercredi 6 mars 2013
mardi 5 mars 2013
4 raisons d'avoir confiance en l'avenir de Saint Laurent avec Hedi Slimane
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| Collection F/W 2013 |
Pourquoi tout le monde semble désarçonné par la dernier collection d'Hedi Slimane pour Saint Laurent ? Pourquoi blâment-ils le fait que ça ne correspond pas à l'esthétique du fondateur Yves Saint Laurent ? L'équipe de Saint Laurent n'avait-il pas annoncé, dès le début, lorsqu'Hedi Slimane a été nommé directeur artistique, qu'ils souhaitaient un renouveau pour la marque ?? Hier soir, après que le défilé fut présenté au monde entier, l'armée internationale de faaashion blaawggeur made in Tumblr, ceux qui se prennent pour les Suzie Menkes et Anna Wintour du net alors qu'ils sont coincés dans leur lit derrière un écran, ont sévèrement critiqué la collection "Grunge Californien" d'Hedi Slimane, la jugeant égale aux collections d'Urban Outfitters et H&M alors que "c'est censé être du Yves Saint Laurent". Certains veulent même le départ de Slimane, comme si leur avis de non-client importait à la direction de la maison française. Lisent-ils les articles de presse sur Saint Laurent ou sur les stratégies des marques de luxe ? Ont-ils déjà lu des livres sur le marketing du luxe ? D'après leurs commentaires, remplis de réflexion hâtive, je ne pense pas. Voici quatres raisons pour dire qu'Hedi Slimane n'a pas fait de mauvaise collection, et qu'il rend justice à la nouvelle stratégie qu'ont adopté Pierre Bergé et PPR pour relancer la maison d'Yves Saint Laurent.
- Yves/Hedi, une histoire qui date. Hedi Slimane a côtoyé le couturier Yves Saint Laurent car il a fait ses premières classes chez lui dans les années 90 en tant que directeur des collections Homme. Lorsqu'Yves Saint Laurent a cédé sa ligne de prêt-à-porter au groupe Gucci, filliale de PPR, l'américain Tom Ford, alors chez Gucci, s'est imposé pour être le nouveau directeur artistique surperpuissant d'YSL. Il congédie Hedi Slimane (et Alber Elbaz qui était au prêt-à-porter Femme depuis deux ans) pour s'occuper de tout: création H/F, publicité, communication, marketing. Pierre Bergé et Yves Saint Laurent n'avaient pas beaucoup de sympathie pour l'américain qui a insufflé un vent de porno chic au prêt-à-porter YSL. De plus, Tom Ford, malgré son omniprésence dans la marque, restait dans l'ombre du couturier qui exerçait toujours pour la Couture. Tom Ford a quitté YSL en 2004, et même si ça n'a pas tellement marché avec la maison française, il a quand même marqué l'industrie du prêt-à-porter du luxe avec sa vision de directeur artistique poussée à l’extrême. A partir de là, Stefano Pilati l'a remplacé pendant 8 ans et ses collections respectaient les codes classiques d'YSL. Sauf, que ça n'est que depuis 2010 que la société YSL voit de bons chiffres d'affaires, et c'est majoritairement grâce aux accessoires et à la maroquinerie, pas tellement au prêt-à-porter. Pilati est congédié en 2012 et Slimane revient, au bonheur de Pierre Bergé.
- Stratégie de rupture. Hedi Slimane a pour but de relever les chiffres du prêt-à-porter et il a de bon atouts à faire valoir pour cela: sa maîtrise du vestiaire masculin dans un contexte de marché de l'homme en plein essor, sa cote chez les stars, son coup de crayon pour des vêtements portables. Il a aussi pour but de renforcer le désir pour la marque, attirer un large public. Dès son arrivée, il change le nom de la ligne "Yves Saint Laurent" en "Saint Laurent Paris", pour faire écho à la première ligne de prêt-à-porter lancée par le couturier en 1966 "Saint Laurent Rive Gauche". Le logo de Cassandre est remplacé par une écriture sobre. C'est le premier changement à l'initiative d'Hedi Slimane et il fait déjà polémique. Pourtant, enlever le prénom du créateur inscrit la collection dans une stratégie de marque. Yves Saint Laurent était couturier et nous parlons ici de prêt-à-porter de luxe, de sa marque de prêt-à-porter. On n'évoque plus la marque Christian Dior mais la marque Dior. De plus, Hedi Slimane n'est pas à son premier changement de nom de ligne. Il avait déjà remplacé Christian Dior Monsieur par Dior Homme au début des années 2000, et avouons-le, ça sonne tout de suite plus vendable. En tant que directeur artistique, Hedi Slimane a une liberté de créativité immense. Il avait annoncé que sa première collection serait un hommage au travail d'Yves Saint Laurent - ce qu'il a fait - et qu'il démarrerait sa vraie vision artistique pour Saint Laurent pour les collections hivernales de 2013.
- Agrandir la clientèle pour vendre plus. Un directeur artistique doit savoir créer dans l'optique de la maison qui l'emploie, plaire à la clientèle et vendre un maximum pour satisfaire les actionnaires qui ont investi dans la marque. La collection-défilé "Grunge Californien" est nettement dirigée vers une clientèle jeune, que veut toucher la marque. Pour être honnête si j'étais riche, j'attendrai avec impatience la sortie de cette collection car de nombreuses pièces m'attirent. Mais qu'en est-il de la clientèle Saint Laurent, la CSP+++, chic et mature ? Se reconnaît-elle dans cette collection ? Cela n'a pas d'importance, car la clientèle Saint Laurent sait que la collection qui sera en boutique sera adaptée à ses goûts et désirs: des décolletés moins plongeants, des robes plus longues, moins de transparences, etc. La collection-défilé n'est qu'une vitrine pour la marque. Ce sont les collections Pre-Fall ou Resort qui font l'essentiel du chiffre d'affaire, et si vous vous y intéressez de plus près, vous verrez qu'elles sont beaucoup plus sobres et portables que les collections présentées en défilé. Qui regardent les défilés en direct grâce aux technologies d'internet ? Qui scrutent les photos des défilés pendant la Fashion Week ? C'est nous, les 15-25 ans, et nous préférons tous regarder des défilés qui dévoilent des habits que nous pourrions potentiellement porter que des défilés abordant des coupes de vêtement que nos mères adoreraient. Cela ne veut pas dire que toute la collection est à revoir. Il faut tout de même garder un intérêt dans le défilé. Les pièces fortes de la collections-défilé seront présentées dans les magazines et dans les vitrines des magasins, mais tout ne sera pas montré tel quel en boutique. John Galliano était le pro des défilés spectaculaires, sauf que dans les boutiques ou dans les showrooms, les collections avaient une toute autre allure... En tant que directeur artistique, Hedi Slimane peut concevoir ce qu'il veut pour le défilé, c'est sa vision qui prime et comme il aime l’androgénie, le rock et le design des vêtements "de tous les jours", c'était utopique d'attendre de sa part quelque chose de chic-bourgeois-coincé comme on aime le voir dans le luxe sous prétexte que c'est "luxe". Après le défilé, il y a un autre travail en studio qui s'opère qui est de réajuster la collection au goût de la clientèle tout en gardant le thème du défilé.
- Buzz profitable. Un défilé qui intrigue passera toujours moins inaperçu qu'un défilé qui n'aura pris aucun risque, même si la collection est plus maladroite, voire mauvaise. La presse parlera, quoi qu'il arrive, en bien de la marque, surtout si elle incarne le prestige de la mode française. Pas de commentaires positives de la part de la presse ? Résultat: mauvaise image pour la marque, perte de chiffre d'affaire, financiers pas contents, boycotte de la marque sur le magazine, pas d'achat publicitaire, magazine sans revenu, magazine qui coule. Bienvenue dans le monde impitoyable de la presse. Et de ses relations très étroites avec les marques. La presse profite autant à la marque que la marque profite à la presse. Et si la marque donne de quoi parler à la presse, c'est encore plus facile pour cette dernière d'écrire un papier dessus.
La maison Saint Laurent veut s'imposer financièrement à l'instar de Dior et Chanel. Pour ça, il faut revoir la stratégie. Hedi Slimane, qui a un vrai oeil de directeur artistique, a été choisi pour donner un nouveau souffle à l'image de la marque afin de rendre attractif Saint Laurent à un plus grand nombre, et d’accroître le chiffre d'affaire. Les acheteuses savent qu'Hedi est un créateur reconnu et qu'il a marqué la mode avec Dior Homme. Avoir ses pièces ne peut être que positif. Son premier défilé (S/S13) a été le deuxième défilé le plus vu sur Style.com entre Chanel (1er) et Dior (3eme). C'est la première fois que Saint Laurent est dans le top 10. Avez-vous remarqué toutes les parutions que la collection Saint Laurent a eu dans la presse ces derniers temps ? En plus de s'être imposé dans la presse, et donc dans les esprits, Saint Laurent semble afficher un chiffre d'affaire déjà prometteur pour le prêt-à-porter. Il y aura toujours des smoking et des tailleurs en boutique, sauf que ce n'est pas nécessaire de le montrer en défilé, d'après Hedi Slimane, et cela ne s'inscrit pas non plus dans la stratégie de renouvellement de la marque. Il parait qu'il faut trois saisons aux financiers pour juger de la rentabilité du nouveau directeur artistique. Pourquoi licencier Hedi Slimane lorsque l'avenir s'annonce déjà fructueux au bout d'une saison pour Saint Laurent ?
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